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PRÉAMBULE ​

INTENTION ARTISTIQUE

À travers mes réalisations, je souhaite ouvrir un espace qui puisse permettre d’approcher, en douceur et avec la juste distance, un ensemble de thématiques qui ne sont pas privilégiées parce qu’elles sont susceptibles de provoquer la détresse, la tristesse ou le malaise.

En m’appuyant sur différents domaines (Littérature, Psychologie, Histoire de l’art) et sur l’étude de matériaux issus de sources diverses (récits, photographies, situations quotidiennes, etc.), je me suis mise à la recherche d’un vocabulaire approprié, ainsi que de gestes et de façons de faire qui me permettraient de soulever ces questions en arrondissant leurs expressions.

C’est sur un univers enfantin, traversé par des figures rassurantes (communauté enfantine, petits animaux, jouets), que mon travail s’appuie pour s’emparer de thèmes parfois compliqués. J’ai fait ce choix pour la manière très singulière dont les enfants appréhendent, comprennent et interagissent avec le monde. La facilité à transformer ce qui les entoure ainsi que la capacité d’évasion et les ressources dont ils disposent face à l’adversité sont des facultés que j’essaye d’exploiter. De par leur imaginaire, leurs jeux, leurs croyances et leurs rêves, ils m’offrent la possibilité d’alimenter un réel ébranlé.

Communautés imaginaires, poésie, théâtralisation, métaphores, miniaturisation du monde, objets personnifiés, jeux, décalages... Quel que soit le mode opératoire utilisé, chacune de mes réalisations se veut proposer une forme de glissement pour évoquer, sans jamais venir en figer la lecture, des thèmes tels que la différence, la maladie, la blessure, la douleur, le vieillissement...

Mes propositions s’agencent sous formes de séries, qui correspondent à différents « chapitres » ou « histoires » qui sont les théâtres de ces détournements. « Les Poupées », « La Chambre » et « Le Pays du Soin » en sont à ce jour les principaux. « Les Poupées » présente des figures qui jouent « avec » ou « aux » statues. Grâce au dessin, blessures, maladies, tâches, marques ou vieillissement de peau se confondent avec l’apparence d’objets qui figurent parmi les plus admirés au monde. « La Chambre » désigne un univers intime et familier où l’enfant joue, rêve, s’isole, se déguise, fait des bêtises, laisse parler sa créativité et son imagination. Sans d’autres précisions, « La Chambre » peut également désigner d’autres lieux, comme une chambre d’hôpital. Chacune des propositions de cette série (sculptures, dessins) navigue constamment de l’un à l’autre : jeux enfantins se confondent en permanence avec des indices plus ou moins discrets qui témoignent de la possible présence de la maladie ou de la douleur - sans jamais permettre au spectateur de s’arrêter sur l’une ou l’autre de ces interprétations. Enfin, dédié aux enfants, « Le Pays du Soin » est un hôpital détourné sous forme d’île imaginaire. Là-bas, jouets, dessins, doudous se font soigner pour toutes sortes de maux, du chagrin d’amour au cancer du sein, en passant par une otite, une varicelle ou une jambe cassée.

En effectuant un pas de côté vis-à-vis de la réalité, et en intégrant mes propositions dans l’imaginaire, la rêverie et le jeu, j’invite les spectateurs à se questionner sur la nature des objets et scènes représentés. Ce sont des indices parfois ténus qui, mis côte à côte, lui permettront d’en identifier l’origine.

Comme le font parfois les livres d’histoires, en empruntant des voies détournées et des sécurisants intermédiaires, j'espère permettre un regard, donner matière à penser de façon indirecte et distanciée, sensibiliser à certaines problématiques ou encore générer des discussions autour de questions qui me tiennent à cœur. 

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